Je vous raconte ici une histoire de squelette, de tissu et de peau. De tissu comme d’une seconde peau. Une histoire du dedans qui se retrouve dehors, du caché qui devient visible. D’une structure intérieure qui fait son apparition sur la surface. De la solidité souple. Les os sur la peau. Mais pas la peau sur les os. Le chêne et le roseau.
De chimères nées de l’assemblage des parcelles d’image de squelette.
Ici le sens et le vocabulaire se rencontrent et se meuvent. Le tissu est obtenu par l’assemblage de fibres, la peau est faite de tissus musculaires et le tissu musculaire est une association de cellules appelées fibres musculaire.
M’intéressent les résonances sémiologiques, organiques et biologiques qui interagissent là.
Une photo sur un tissus est quelque chose de très particulier.
C’est une image du réel qui, fixée sur cette surface souple et molle peut se déformer et se brouiller à loisir. Je peux la plier, m’envelopper dedans, la suspendre, en faire une boule, la mettre dans ma poche. Le tissu absorbe le toucher et le mouvement. L’image ne s’abîme pas, les fibres ne cassent pas. Mais l’image ne tient pas debout.
Au-delà de ces considérations, une image sur un tissu m’émeut beaucoup.
Certainement parce que c’est une matière au plus proche de notre intimité, qui au quotidien nous enveloppe, nous apporte protection, douceur et chaleur.
Le tirage d’une photographie sur papier est fragile et précieux. Il impose une retenue, une délicatesse des gestes, une distance respectueuse.
Quant à la photo sur écran, elle est lisse, froide et brillante, et la relation qu’elle nous propose est encore d’un autre ordre.
Une photographie fixée sur une étoffe, offre la possibilité d’un rapport intime et sensuel avec elle.
La joue sur l’image. La solidité molle. Touche les chimères du doigt.

